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Par une nuit sans lune

Retour à la case départ. 2008. A l’époque, je vivais la nuit. J’écrivais et je surfais.  Cette nuit-là, je suis tombé sur ça :

Source : NoPeace

Choc. Une recette de bombe, disponible comme ça, sur Internet. Fascination instantanée. Un texte incroyablement long, du html simple, et qui parlait un peu plus bas du codage de fichiers .bat sous MS-DOS et d’un tas d’autres trucs très techniques et incompréhensibles. En fait, la partie bombe n’était qu’un élément isolé dans un ensemble beaucoup plus vaste, traitant essentiellement d’informatique, mais de manière profane, empirique et visiblement, amateur.

En modifiant l’adresse dans mon navigateur, je remonte d’un dossier et tombe sur une arborescence entière de dossiers nus aux noms imagés. Chaque dossier contient différents textes, parfois en format .txt, parfois en html, il y a là tout un corpus dont je n’ai jamais entendu parler. En les parcourant, je découvre les ezines hacker de la scène française, américaine et canadienne. Mélanges de billets d’humeurs, de descriptifs et de tutoriaux techniques, parfois accompagnés de programmes prêt à l’emploi. Ni une, ni deux, j’ouvre Site Sucker et j’aspire le tout.

Source : Cryptel

Etudier ce corpus m’occupe un paquet d’heures, saisir pourquoi on y trouve des cours d’assembleur, saisir la logique des hacks employés à l’époque des premiers Windows et de l’arrivée d’Internet, découvrir que le Minitel, déjà, avait été un terrain de jeu, rencontrer l’esprit hacker, fouiller les textes pour repérer des incontournables, découvrir des figures, des auteurs anonymes et leurs histoires hallucinantes, entre exploration cybernétique, échanges dans les réseaux planétaires, infiltration par les services secrets, paranoïa irrépressible, les ingrédients d’un polar ou d’un western communautaire apparaissent autour de cet événement alors méconnu : l’émergence d’une scène hacker en France au milieu des années 90. Un western dont les protagonistes auraient eu à l’époque, à la louche, de 15 à 40 ans ?

De ezine en ezine, la scène se dessine autour de noeuds essentiels : Cryptel (1999), Phrack (l’origine américaine, depuis 1985), et bientôt N0 Way. Le premier ezine français.

Source : N0 Way

1994, coup d’éclat : sous le pseudo de NeurAlien, un auteur anonyme publie trois numéros de N0 Way, le premier e-zine hacker français. Ses lecteurs découvrent les techniques américaines de piratage, ainsi que des articles sur la cyberculture. Le monde des réseaux télécoms apparaît tout à coup comme un vaste terrain de jeu : le cyberespace. Les hackers français, qui ont fait leurs armes sur le Minitel, sont littéralement éblouis par les possibilités offertes par l’arrivée d’Internet.

Je lis N0 Way de A à Z. 4 numéros. Le 4ème est-il authentique ? NeurAlien n’y est plus. Tout s’est passé dans l’année 1994. Apparition et disparition de N0 Way et NeurAlien (la plupart des ezines ont fini ainsi, au bout de quelques numéros, plus de traces). Naissance d’une scène, et d’une légende.

Source : Cleozine

Qui sont-ils ? Que sont-ils devenus ? Pourquoi cette scène est-elle restée inconnue du grand public ? Comment le hacking peut-il avoir déclenché autant de passion et d’énergie au sein d’une petite communauté, et cela malgré les interdictions et arrestations répétées ? En 2011, des éléments de réponse ont fait leur apparition. Une question de pouvoir. L’avènement de la société de l’information. La transformation des rapports de force entre états, entreprises et individus. Les privatisations de pans entiers de la société. Les menaces sur la vie privée. La guerre économique. La cyberguerre. Les hackers sont les premiers à s’être penchés sur ces questions dont ils avaient l’intuition. Ils ont pris sur la société civile et ses gouvernants, une quinzaine d’années d’avance.

Que faisaient-ils donc, il y a quinze ans, de si répréhensible, de si subversif ? Réponse dans les ezines, sur la toile.

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Vous ne le savez peut-être pas, DIY signifie Do It Yourself, c’est très bien expliqué ici.

Voici 0MegAmaG, un nouvel e-zine ! C’est le numéro 1. Pour le télécharger, c’est dans la colonne de droite de ce blog.

Ici, pas de hacking informatique, mais une méthode d’utilisation de la vidéo mini DV pour obtenir un film en simplifiant largement la phase de montage. Ca porte un nom : tourné-monté. Un peu d’apprentissage est requis, mais ceux qui ont expérimenté la fabrication d’un film de A à Z s’apercevront que cette méthode permet de gros raccourcis en temps et en énergie, et accroît l’indépendance, à condition de développer son regard. Avec cette technique, vous pourrez enfin commencer par filmer (au lieu d’écrire) et utiliser directement ce que vous aurez filmé.

J’avoue que j’adorerais en lire d’autres, des textes comme celui-là, où quelqu’un qui n’aurait rien à voir avec l’informatique, inspiré par le hacking, se mettrait à pratiquer sa passion sous une forme inédite.

Au plaisir de vous lire. Enjoy !

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